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Poison....
Added by Tomelin over 2 years ago
hrp/ voici le lien (http://forums.ryzom.fr/showthread.php?t=34045) du début du récit/hrp
Le vent souffle sur les Lagons de Loria. D'humeur facétieuse, il taquine la sciure, la soulève puis la laisse retomber avec un désintérêt feint. Plus loin, il l'attrape comme on accroche une jeune homine par la taille et se lance dans une danse aussi frénétique que fugitive.
De cette brève union naissent des tourbillons de poussières. Animés d'une vie propre, ces derniers s'échappent au gré du souffle taquin. Certains s'écroulent soudain, lourdement, comme une marionnette privée subitement de ses fils. D'autres continuent leur chemin, évitent les pattes des bolobis, passent entre les olansis, perdent de leur substance puis s'affaissent enfin sans vie eux aussi.
Un seul, mû d'une volonté farouche quoique dérisoire, finit par atteindre le village des Cuzans, le long des falaises nord des Lagons. Il tournoie longuement entre les huttes puis, dans un dernier sursaut, finit par atteindre la plus reculée, soulevant à peine le rideau de fibres marron qui protège l'entrée.
A l'intérieur, un feu de bois de motega éclaire d'une faible lumière la silhouette accroupie penchée sur le corps inanimé d'un tryker, maigre, sale et puant... A côté d'elle, diverses écuelles et calebasses, remplies de substances poisseuses et nauséabondes. De temps en temps, elle verse délicatement un peu du contenu de l'une d'elle dans la bouche du tryker ou éponge son front.
La silhouette attend patiemment. La fumée dans la pièce irrite les poumons et pique les yeux, mais elle attend. Elle sait que l'esprit est ailleurs. Loin... trop loin... peut-être trop tard...
Au milieu du lac, le corps flotte.... sensation apaisante... flotter et s'enfoncer doucement entre deux eaux... lentement... très lentement... mais irrémédiablement...
Plus de bruits, plus de fureurs...
Un néant absolu... tentateur... comme les hanches pleines d'une homine... le fond du lac... noir... se laisser couler sans heurt jusqu'au fond... atteindre enfin le repos... enfin débarrassé de tout...
La lumière de la surface s'estompe petit à petit...
Au dehors, le vent s'amplifie. Le rideau se soulève, laissant passer un souffle d'air qui vient à peine perturber la fumée épaisse. Soudain la silhouette tourne son visage vers le voile de la porte, ses gros yeux rouges globuleux interrogateurs. Puis une ébauche de sourire révèle ses dents jaunâtres. Elle a entendu la plainte, les pleurs. Peut-être n'est-il pas trop tard...
Des pleurs... un son faible mais pourtant si audible sous l'eau... perturbant... si audible...
Le corps s'agite légèrement, mal à l'aise...
Une ombre inquiétante s'approche... le corps ne ressent pas une menace, juste un sentiment irritant... l'ombre devient un visage... familier ce visage... celui d'une jeune trykette en larmes... les lèvres bougent, formant un mot muet sous l'eau...
Le son claque pourtant comme un fouet dans son esprit... « Popaaa »... le corps s'agite un peu plus...
Le sourire toujours aux lèvres, le Cuzan se penche sur le corps. Le faciès du tryker semble animé de tremblements comme autant de vers grouillant sous la surface de la sciure. Le Cuzan entonne une étrange et faible mélopée, attentif au corps du tryker. Il attend patiemment...
D'autres ombres ondulent vers le corps agité... d'autres images... le visage balafré d'une homine aux couettes violettes... une autre, timide et gêné, aux cheveux verts foncés plantés d'une fleur... troublantes et attirantes... puis d'autres encore... ces visions entourent le corps, frétillantes...
Elles balaient d'un revers de leurs attraits la quiétude tant voulue... le corps s'agite encore plus...
Des soubresauts fréquents animent maintenant le tryker. Le visage est inquiet, la sueur perle de son front. Le Cuzan l'éponge d'un linge humide puis ferme les yeux, cherchant dans l'air ce qu'il attend. La mélopée enfle pour devenir un chant. Dehors, d'autres Cuzans arrêtent leurs occupations et se tournent vers le lac, le nez relevé, humant le vent qui forcit. De leurs poitrines monte à son tour l'étrange mélopée. Ils attendent...
La certitude de l'oubli fait place à la panique... la conscience d'un corps au mauvais endroit... Soudain trop d'eau... trop profond... Un regard vers la lumière de la surface... La haut la vie, le vent, l'air...
L'air... le corps s'agite complètement... les pieds se mettent à battre l'eau alors que les bras tirent frénétiquement vers le haut...
Le corps est pris de spasmes violents. Le Cuzan reste impassible, plié sur ses jambes, attentif à ce qui se passe. Le vent souffle bruyamment. Son chant augmente encore, bientôt repris par les autres, dehors... toujours plus fort.
Battements frénétiques des bras... le manque d'air devient omniprésent... les poumons brûlent... la surface semble toujours aussi loin... panique... l'esprit veut vivre à nouveau... la surface plus proche... encore un peu... la douleur est insupportable... même pour l'esprit... encore...
Un voile noir s'étale devant ses yeux, prémice d'un échec... encore un peu...
Le corps crève la surface tel un ryzaqua sur sa proie... « Hhhhhhhhsssssshh !!! »...
L'air enfin... les poumons aspirent goulûment l'air salvateur...
- « Hhhhhhhhsssssshh !!! ».
Le corps tétanisé du tryker se cabre, la tête violemment rejetée en arrière puis il retombe inconscient sur la paillasse, aussi flasque qu'une outre de bière vide. Dehors le vent a molli, presque un souffle léger, fade. Dehors le chant a quitté les poitrines, aussi subitement. A l'intérieur, le Cuzan pose sa main noueuse sur le torse du tryker, rassurante.
- « Bienvenue à toi, petit homin », murmure-t-il.
- « Je vais avoir plein de choses à te raconter, quand tu iras mieux ! », continue-t-il sur le même ton, s'affairant déjà sur de nouvelles drogues et potions...