Menaces violettes

Cette chronique se rapporte au Printemps où les tentes fleurirent.

Voici le témoignage que j'ai recueilli auprès d'un Shizu présent à l'assemblée des Cercles du CA II de l'année 2546 :

« Le masque mutilé de Pei-Jeng Pingi était arrivé à Zora, en pleine assemblée des Cercles, en réclamant d'une voix forte et haineuse qu'un responsable de la Théocratie la reçoive sur-le-champ. Le Sage Saison y a répondu en soupirant. La zoraï cheffe de la Tribu des Antékamis ne s'était pas faite prier et avait même volé la parole pour expliquer la raison de sa venue. Elle n'avait jamais pris la peine de faire des revendications, se contentant d'attaquer les intérêts de la Théocratie sans discrimination aucune, au mépris des conséquences ...

Aussi virulente qu'un yetin affamé, elle avait craché son venin : que les Zoraï'i cessent le chantier de Gu-Qin, ou les Antékamis combattraient la Théocratie avec leurs « armes ». La raison de cette colère était évidente : les Antékamis jugeaient insultant que le Grand Sage Mabreka Cho ait décidé d'installer un camp militaire dans ce qu'ils considéraient comme leur territoire. Aussi les Shizu'i ne comprirent-ils pas pour la plupart ce à quoi la Zoraï faisait allusion, mais moi, j'en frissonnais d'horreur. Il était fort probable que nous ayons affaire à des résultats d'expériences avec la Goo... Les kitins seraient-ils plus libres de piétiner leurs tentes que nos soldats de les protéger ? Tout cela n'avait aucun sens !

[…] Repartant comme elle était venue, la cheffe de la Tribu s'en fut, avec ses acolytes, laissant les Cercles et le Sage Saison quelque peu abasourdis. Mais il était clair que nous ne pouvions céder à leurs exigences. »

Ce témoignage est sans conteste un des plus effrayants, car il est sujet ici d'utiliser la Goo à des fins mesquines. Et pourtant, à ce moment là, nous n'avions encore rien vu.

« Afin d'apporter son savoir-faire en matière de magnétisme aux campements, un maître magnétiseur accompagna le Ma'Kwaï lors de cette inspection. Après un discours sobre et concis, Mabreka Cho mena les initiés et éveillés qui l'accompagnaient, son énorme masse électrique semblant aussi légère qu'une tige de bambou entre ses mains. Lorsque nous arrivâmes au premier campement, nous découvrîmes avec effroi des créatures infectées par la goo, vraisemblablement des gibbaïs. Les créatures perdaient leurs poils par endroits, révélant une peau purulente ayant la même couleur que les plaines de Goo. C'était effrayant. Un kwaï du Temple des Masques remarqua la présence d'un homin louche aux abords de chaque endroit où se trouvaient des créatures contaminées. A chaque campement, il y avait son lot de monstres, tantôt des gibbaïs, tantôt des gingos étrangement agressifs et tout aussi atteints par la Goo. Et toujours cet homin louche qui regardait étrangement les bêtes.

Mabreka, qui se battait avec une férocité et une passion qui ne laissaient pas de bois mes semblables, nous mena pour finir au campement militaire du Gu-Qin, achevé peu de temps après les menaces des Antékamis, lors de la dernière session des Cercles. Quelle ne fut pas notre surprise de trouver le camp assiégé par des créatures plus nombreuses encore, accompagnées de membres de la tribu des Antékamis qui se battirent sans reculer, malgré le fait qu'ils furent desservis par le nombre. Lorsque le dernier gibbaï gooifié s'effondra, certains purent voir une silhouette se dessiner sur une colline voisine, tournant les talons avant de disparaitre.

Le Ma'Kwai remercia les initiés qui l'avaient suivi lors de cette dangereuse épreuve, et déjà certains, comme l'Eveillé Ardjuna ou l'Initiée Golika, parlaient de rendre la monnaie de leur pièce aux Antékamis. Mais d'autres parlaient du Cercle Noir. Peut-être ces derniers tiraient-ils les ficelles de cette macabre comédie. »

Extrait des Cahiers de Wan Fai-Du, au IIe CA de 2546 (JY).

¹ : Kwaï('i) signifie « le Masque », soit un initié Zoraï, en Taki Zoraï.
² : Ma'Kwai signifie « Le Grand Masque », surnom du Grand Sage, en Taki Zoraï.

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