Semblable à Atys

Chronique extraite des Cahiers de Wan Fai Du, au 4e CA de 2539 (JY).

Mon Maître avait passé la nuit entière penché sur le cube de savoir placé entre ses mains, parfaitement immobile. Sur son masque, les images projetées par l'ambre défilaient en désordre, déversant un flot de connaissance que le Sage s'efforçait de démêler.

En entrant dans la pièce, je m'efforçais de me déplacer avec la plus grande précaution pour ne pas troubler son travail, glissant comme une fleur sur un étang jusqu'à ma place. Sa perception du monde qui l'entourait allait bien au-delà de la pièce, et je savais qu'il n'ignorait rien de ma venue depuis mon premier pas hors de chez moi, mais je m'efforçais de ne rester qu'un simple mouvement

L'atmosphère était chaude et calme, l'air était si léger que respirer ne demandait pas d'effort. Aucun bruit ne parvenait de la Cité. On se serait cru hors de tout. Seuls les enseignements de mon Maître me permettaient de ressentir la présence de Ma-Duk imprégner la pièce où travaillait le Sage Supplice.

Au bout d'un moment, sa voix difficile et douloureuse comme si elle n'avait pas été sollicitée depuis des siècles, chassa le silence.

"Ils sont si peu que je ne parviens pas à composer un unisson et à savoir ce qu'ils disent. Wan Fai Du, que dit Zora ce matin ?"

Je pris le temps de composer avec soin mes phrases, afin de ne pas déranger inutilement mon Maître par une réponse trop en longueur.

"Des chasseurs ont dit qu'un grand masque avait été aperçu, il y a quelques jours, dans la région du Vide. Il n'a pas confié son nom, mais il marchera prochainement vers les Cités d'ambre car, a t-il dit, les zoraïs doivent à présent être guidés vers la place qui est la leur pour accomplir les desseins de Ma-Duk." Après un court silence, j'osais une question : "Qui est-il Maître ?"

Le Sage ne répondit rien, et se replongea dans la contemplation du Cube d'ambre. Un moment plus tard, il eut un frisson, comme si le froid était entré dans la pièce avec plusieurs mois d'avance et sans que j'en sois affecté.

"L'automne approche." conclut-il.

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