Histoire d'un jeune Corsaire - quatrième partie

Codgan n’avait pas vraiment prêté attention au jeune Tryker. Il avait seulement pris ses notes, et lui avait demandé s’il savait se battre. Bremmen n’était pas sûr de la réponse à donner, mais avait hoché la tête... Et s’était retrouvé avec une magnifique armure aux couleurs des Corsaires et un groupe d’intervention rapide en direction des Lagons de la Loria. Il leur fallut cinq jours pour se rendre au vortex qui séparait les Lagons des Vents du Songe, mais ils avaient longuement discuté sur le chemin pour mettre un plan au point.

Tout d’abord, ils prévoyaient d’espionner le groupe de Matis qui arriverait par les Vents du Songe, et d’attaquer chacune de ses parties dès qu’il se diviserait. Ensuite... ils essaieraient de trouver d’autres Matis et d’affaiblir leurs forces pour qu’ils n’aient aucune chance d’emporter la victoire lors de l’assaut final. Chaque Corsaire savait exactement ce qu’il avait à faire. Bremmen, lui, devait viser les magiciens à la tête à l’aide de sa Flunker, afin de les assommer.

Ils s’établirent dans un camp rudimentaire qu’ils avaient monté un peu au sud du vortex, dans les Lagons de la Loria. Un éclaireur fut désigné pour visiter les Vents du Songe à la recherche des Matis et les dénombrer. Pendant ce temps, Bremmen alla récolter quelques fruits et champignons tandis que des combattants plus aguerris chassaient des créatures pour leur viande. Ils mangèrent tous ensemble et discutèrent longuement auprès d’un petit feu, en se racontant des légendes sur les Anciennes Terres. Bremmen avait du mal à croire qu’il partageait tant avec les Corsaires. Désormais, son coeur leur était tout acquis. Plus tard, ils s’endormirent et passèrent une bonne nuit dans l’ensemble, malgré les tours de gardes pour certains.

Le matin suivant, l’éclaireur était de retour. Il avala un encas avant de faire son rapport. Il en avait compté seize, donc ils avaient sans doute prévu de se séparer en deux petits groupes de huit personnes. D’après ses calculs, ils devraient arriver à midi. Les Corsaires décidèrent de les attaquer immédiatement à la sortie du vortex : ils étaient largement plus nombreux, et cela leur donnerait plus de temps pour arrêter les autres Matis, ceux qui venaient des Sommets Verdoyants. Ils prirent la direction du nord, et se couvrirent les habits et le visage d’un mélange d’eau et de poussière, afin de ne pas se faire repérer avant qu’ils ne décident d’attaquer.

Le soleil était au zénith lorsque les Matis traversèrent le vortex. Leurs armures noires se détachaient nettement de la couleur des plages des Lagons. Le signal de l’attaque fut donné alors qu’ils venaient de s’arrêter avant de se séparer. Tous les Corsaires s’avancèrent vers l’ennemi. Bremmen attrapa sa Flunker, et frappa un destructeur en plein milieu du front. Le magicien ne tomba pas, mais était complètement assommé. Il visa ensuite les guérisseurs. Les guerriers Matis étaient déjà en train de se ruer sur lui, mais les deux soigneurs furent rapidement assommés et encerclés par les Corsaires. Bremmen s’apprêtait à fuir, mais d’autres guerriers avec de la poussière sur leurs habits et leur visage, se déplaçaient discrètement, et tinrent les ennemis à distance. Ca prit moins de temps que prévu : les Corsaires étaient réellement doués pour la guérilla, leurs adversaires n’avaient aucune chance. Quelques-uns fouillèrent les corps et conservèrent tout ce qui avait de la valeur.

Ils se soignèrent mutuellement leurs blessures... ils en avaient très peu en fait, et aucune perte. Mais leur temps était compté. Ils envoyèrent trois éclaireurs en reconnaissance dans les Lagons de la Loria, et se déplacèrent vers l’avant poste qu’avait désigné le Matis, selon Bremmen, afin d’établir une stratégie. Aucune créature ne leur résista sur leur chemin, et ils furent sur place en quelques heures. Ils examinèrent les environs et se mirent d’accord sur la manière de procéder lors de l’assaut final. Mais avant tout, ils grimpèrent sur une petite dune afin d’avoir une bonne vue et y attendre le retour de leurs éclaireurs.

Les ombres s’allongeaient sur les plages du Lagon de la Loria quand ils décidèrent de s’établir dans un camp comme la nuit précédente. Le lendemain matin, deux des éclaireurs étaient déjà auprès d’eux. Deux groupes de quinze personnes avaient été repérés. L’un venait du nord et l’autre ne devrait plus tarder à être en vue, mais déciderait sans doute de rester un peu en retrait. La dune sur laquelle se trouvaient les Corsaires serait sans doute le lieu sur lequel ils décideraient de s’établir, pour la vue.

Et ils avaient raison. Ils virent les guerriers Matis de loin. Ils étaient environ quinze, comme prévu, et se dirigèrent tout droit vers la dune. Les corsaires s’étaient camouflés comme la veille, et attendirent le bon moment. Même nombre, même stratégie... et même résultat. Bremmen était au comble de la joie. Quelques Corsaires récupérèrent les objets de valeur, et revinrent sur leur dune pour voir deux autres groupes de quinze personnes avancer droit sur l’avant poste. L’un venait du nord, et l’autre du sud. Cette fois-ci, la bataille serait plus difficile mais Bremmen alla parler rapidement au chef et lui suggéra une manière plus facile de remporter la victoire.

- C’est dangereux, et particulièrement risqué pour toi. Tu es sûr de vouloir essayer ça ?

- Oui. Au moins, un seul d’entre nous prendra des risques car si je réussis, nous n’aurons aucune difficulté à les vaincre.

- Très bien. Prends ces vêtements.

Bremmen revêtit une armure Matis, et courut vers le sud droit sur le groupe de Matis. Pendant ce temps, les Corsaires allèrent se poster vers le nord. Notre Tryker était à moins de 50m des Matis quand l’un d’eux fit un signe. Il s’arrêta net et cria :

- Je viens en paix. Quelques uns de vos amis ont eu un problème non loin avec les Cuzans, mais je ne peux pas m’approcher d’eux et les soigner si je suis seul.

Le Matis hésita un instant, et lui fit signe de s’approcher.

- Comment sont-ils habillés ?

- En armures noires monsieur. Ils sont à moins de 500m à l’est. Je peux vous y mener.

- Menés ? Par un Tryker ? Tu rêves pauvre fou !

- Alors je pourrais juste vous montrer l’endroit où ils se trouvent. Vous voyez cet arbre, là bas ?

- Oui.

- Il suffit de vous y rendre. Ensuite, faites encore 200m à l’est.

- Suis-nous, au cas où tu aies menti.

Bremmen déglutit lentement. Il suivit les Matis en essayant de s’éloigner peu à peu, mais l’un des guerriers le repéra et plaça son épée dans son dos en lui ordonnant de le précéder. Il n’eut pas d’autre choix que d’obéir. Ils gagnèrent ainsi l’arbre et regardèrent vers l’est.

- Alors, où sont-ils ? demanda l’un des Matis.

- Ils devraient être là bas, mais nous ne pourrons pas les voir d’aussi loin.

- Continuons alors.

Ils marchèrent 200m, mais, bien sûr, il n’y avait aucune trace de Matis, ni corps, ni même les vestiges d’un combat. Le Matis regarda Bremmen froidement, tandis que notre Tryker pensait que sa dernière heure était venue.

Histoire d'un jeune Corsaire - cinquième et dernière partie

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